Monthly Archives: janvier 2017

Actualités médicales

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Changement de biomédicament dans la spondyloarthrite axiale : résultats d’une analyse systématique de la littérature

Par le Pr Thao Pham (CHU Sainte Marguerite – Marseille) [Déclaration de liens d’intérêts]

Article commenté :Switching biological disease-modifying antirheumatic drugs in patients with axial spondyloarthritis: results from a systematic literature review;Navarro-Compán V et al.RMD Open 2017 ; 3:e000524.

 Cette revue de la littérature a analysé toutes les études longitudinales de plus de 12 semaines évaluant l’efficacité d’un biomédicament (bDMARD) chez des patients avec spondyloarthrite axiale (axSpA) ayant déjà été traités par un autre bDMARD.
 
La recherche sur mots-clés a récupéré 1862 citations. Un total de 44 articles a été sélectionné et neuf études ont finalement été retenues pour l’extraction des données. La principale cause d’exclusion des études restantes était la population de l’étude, car la plupart des travaux ont été menés chez des patients naïfs de bDMARD.
Parmi les 9 études analysées, seules 2 étaient des essais thérapeutiques, les autres étaient des données de registres nationaux. Les 1956 patients concernés avaient tous reçu un anti-TNF comme premier biomédicament et avaient changé pour un deuxième anti-TNF dans 97 % des cas et pour un anti-IL17 dans le reste des cas.
 
Le taux de réponse BASDAI 50 après le 2ème anti-TNF était de 25% à 56% versus 50% à 72% après le premier. De même, 47% des patients passant à un anti-IL17 après un premier anti-TNF étaient répondeurs ASAS40 versus 66% chez ceux qui avaient reçu l’anti-IL17 en première ligne. La réponse après switch n’était pas influencée par la cause de l’arrêt du premier biomédicament.
 
Ce travail montre que contrairement à ce que l’on aurait pu penser, il y a peu de travaux évaluant l’efficacité des biomédicaments chez les axSpA ayant déjà échappé à un premier anti-TNF. Chez ces patients, le passage à un second bDMARD (anti-TNF ou anti-IL-17) est efficace. Néanmoins, le taux de réponse clinique est inférieur à celui observé chez les patients naïfs de biomédicament.

Date de publication : 3 Novembre 2017

JUIN  2017  

TABAGISME : Actif ou passif, il enfume les articulations

Une première étude montre pour la première fois le lien entre le tabagisme chez l’adulte et l’exposition au tabagisme passif dans l’enfance, et la polyarthrite rhumatoïde. Une seconde étude fait le lien entre tabagisme actif et progression de la spondylarthrite ankylosante. 2 études, donc, présentées au Congrès européen de rhumatologie, EULAR 2017 qui associent le tabagisme au développement de maladies rhumatologiques. Voilà pourquoi aussi les rhumatologues devraient inciter leurs patients à arrêter de fumer.
La polyarthrite rhumatoïde (PR) est une maladie inflammatoire où les articulations d’abord rigides, douloureuses et gonflées peuvent être détruites par les cellules immunitaires, qui au lieu d’attaquer les pathogènes étrangers, réagissent contre les tissus des articulations, entraînant une inflammation chronique. Les symptômes de la maladie sont variables, mais la douleur et les effets sur les articulations sont toujours très handicapants. Les traitements vont chercher à réduire l’inflammation, soulager la douleur et tenter de réduire la future destruction des articulations.
La spondylarthrite ankylosante (SA) est une forme douloureuse, progressive et invalidante d’arthrite causée par une inflammation chronique des articulations de la colonne vertébrale. La prévalence de la SA varie dans le monde et est estimée à 24/10.000 en Europe et à 32/10.000 en Amérique du Nord. La SA est fortement associée au génotype HLA-B27, mais tous les porteurs ne développeront pas la maladie. Le gène HLA-B27 code pour une protéine impliquée dans la promotion d’une réponse du système immunitaire. Cependant, seulement 1 à 5% des porteurs du gène HLA-B27 développent la spondylarthrite ankylosante et d’autres données laissent à penser que d’autres gènes sont impliqués. Le tabagisme est un facteur de risque reconnu de la maladie.
La première étude montre, pour la première fois, que même passif et chez l’enfant exposé, le tabagisme augmente son risque de PR plus tard dans la vie. Au-delà de ce résultat remarquable, le tabagisme augmente également le risque de développer la maladie. La démonstration est ici faite sur un groupe de 70.598 femmes, âgées en moyenne de 49 ans, suivies durant plus de 20 ans, dont 1.239 ont développé une PR, dont 350 fumeuses et 280 exposées au tabagisme passif à l’enfance :
-L’’exposition au tabagisme passif à l’enfance augmente l’association entre le risque de PR ;
-chez les fumeurs ayant été en plus exposés au tabagisme passif à l’enfance, le risque est accru de 73% vs non-fumeurs non exposés pendant l’enfance ;
-chez les fumeurs non exposés au tabagisme passif à l’enfance, le risque est accru de 37% vs non-fumeurs non exposés pendant l’enfance.
  Tabagisme passif et antécédents familiaux de PR : le risque est donc encore plus élevé chez les participants exposés au tabagisme passif à l’enfance et, de plus, à prédisposition génétique de PR. Autre conclusion : une analyse distincte des données suggère également une association possible entre le développement de la PR et une histoire troubles intestinaux ou de diarrhée chronique : dans ces cas le risque de PR est bien multiplié par 2. Cette association, commentent les chercheurs, soutient l’hypothèse de la dysbiose ou déséquilibre bactérien dans l’intestin comme facteur de risque de maladie inflammatoire à médiation immunitaire.
Tabagisme et spondylarthrite ankylosante : La seconde étude ou méta-analyse de 8 études, a regardé si le tabagisme était également associé à un développement plus rapide de la spondylarthrite ankylosante, observée par rayons X chez des patients atteints. L’analyse confirme une association significative entre le tabagisme et les dommages à la colonne vertébrale. Le risque est même multiplié par 2.
2 études qui alertent : « Le tabagisme constitue un facteur de risque majeur non seulement pour la susceptibilité aux maladies mais aussi pour la gravité de la maladie chez les patients atteints de PR ou de SA » concluent les auteurs. Un message de rappel aussi à l’adresse des rhumatologues qui doivent inciter leurs patients à arrêter de fumer.
Source: EULAR 2017 Abstract Number: OP0253 and OP0120 via Eurekalert (AAAS) 16-Jun-2017 New study shows for first time link between passive smoking in childhood and rheumatoid arthritis

 l’IMC(indice de masse corporelle) n’a pas d’impact négatif sur la réponse au Rituximab (Mabthera)

Par le Pr René-Marc Flipo (CHRU – Lille; Article commenté :Indice de masse corporelle et réponse au rituximab dans la polyarthrite rhumatoïde.Ottaviani S et al. Rev Rhum 2017 ;84 :37-41
Au cours de la PR mais aussi des spondyloarthrites, il a été suggéré que certains biomédicaments puissent avoir une moindre efficacité chez les sujets en surpoids ou obèses. C’est le cas notamment de l’infliximab (thérapeutique non lipophile).
L’obésité est une comorbidité de plus en plus fréquente avec des chiffres qui peuvent atteindre près de 1 patient PR sur 3. Ce travail original repose sur l’expérience rétrospective monocentrique du CHU parisien de Bichat. Les auteurs ont souhaité évalué la réponse au rituximab (RTX) selon l’indice de masse corporelle des patients.
  Le RTX a été utilisé à la dose de 2 fois 1 g. Le critère principal est la diminution du DAS28 ≥ 1,2 à M6. 114 patients ont été analysés ; l’IMC moyen étant de 26,8. 33,3% des patients ne sont pas en surpoids, 36% en surpoids et 30,7% sont obèses.
A l’initiation du RTX, les auteurs n’observent pas de différence significative en ce qui concerne les caractéristiques générales des patients et de la maladie. Le DAS28 est de l’ordre de 5 et deux patients sur 3 sont en échec préalable aux anti-TNFa.
38,6% des patients vont obtenir une réponse DAS à M6. Les auteurs ne retrouvent pas de différence significative selon la réponse ou non au traitement et l’IMC médian. La figure illustre l’absence de différence significative selon la catégorie d’IMC.
Les auteurs ne vont pas retrouver non plus de différence significative en ce qui concerne les principaux critères secondaires, et notamment les pourcentages de patients obtenant une bonne réponse EULAR ou rémission EULAR à 6 mois (respectivement 23,7 et 21,1% des patients / absence de différence significative selon l’IMC).
Les auteurs concluent sur le fait que l’IMC n’aurait donc pas d’impact négatif sur la réponse au RTX dans la PR (RTX qui pourtant comme l’infliximab correspond à une molécule non lipophile).

MAI 2017

Anti-inflammatoires : Le risque cardiaque élargi à tous les AINS

Le Comité de Pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) a déjà averti que l’ibuprofène, un AINS (Anti-inflammatoire non stéroïdien) très couramment utilisé, à des doses quotidiennes égales ou supérieures à 2.400 mg est associé à une augmentation du risque cardiovasculaire. Cette étude rapporte que cette augmentation du risque vaut pour tous les AINS. Et, pour certains patients déjà à risque cardiaque élevé, prendre un traitement même de courte durée suffirait à augmenter le risque voire à déclencher l’événement. Des données présentées dans le British Medical Journal, favorables donc à cette association.

Les chercheurs de l’Université McGill (Canada), du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal, de l’Hospital District of Helsinki et du Leibniz Institute for Prevention Research and Epidemiology (Allemagne) ont mené cette méta-analyse sur les données au total de 446.763 personnes ayant participé à de grandes études d’observation. Les chercheurs ont analysé ces données, en tenant compte d’un large éventail de facteurs de confusion possibles puis calculé le risque de crise cardiaque pour 5 AINS, pris sur différentes périodes, durées et à différentes doses. L’analyse conclut que :

-l’utilisation récente et actuelle d’un AINS est liée à un risque accru de crise cardiaque par rapport à l’absence d’utilisation d’AINS au cours de la dernière année.

-le risque augmente avec l’utilisation d’un AINS au cours de l’année ou du mois précédent.
-le risque est encore plus élevé dans les 8 à 30 jours qui suivent la prescription.
-le risque qui marque un pic à un mois, s’effondre ensuite.
-le risque accru de crise cardiaque pour toute dose d’AINS pendant la première semaine d’utilisation, vs aucun usage au cours de la dernière année, s’élève à :
-pour le diclofénac : risque augmenté de 50%
-pour l’ibuprofène : risque augmenté de 48%
-pour le naproxène : risque augmenté de 53%
-pour le nofecoxib : risque augmenté de 58%

-Des doses plus élevées (plus de 1.200 mg par jour pour l’ibuprofène, plus de 750 mg par jour pour le naproxène et plus de 25 mg par jour pour le rofécoxib) augmentent encore le risque.

Cette étude, la plus large jamais réalisée sur le sujet, montre ainsi que l’utilisation actuelle de tous les AINS dont le naproxène est associée à un risque accru d’infarctus aigu du myocarde. L’étude précise que tous les AINS couramment utilisés sont liés à un risque similaire de crise cardiaque, que le risque augmente généralement avec la dose et qu’il est le plus élevé au cours du premier mois de traitement.

Source: BMJ May 9 2017 DOI: 10.1136/bmj.j1909 Risk of acute myocardial infarction with NSAIDs in real world use: bayesian meta-analysis of individual patient data

Avril 2017 :

Peut-on voir apparaître des signes objectifs d’inflammation chez les spondyloarthrites axiales non-radiographiques dans le temps ?
Par le Pr Thao Pham (CHU Sainte Marguerite – Marseille)] Article commenté :Non-radiographic axial spondyloarthritis patients without initial evidence of inflammation may develop objective inflammation over time;  Baraliakos X et al.Rheumatology (Oxford). 2017 Apr 5. doi: 10.1093/rheumatology/kex081
La présence d’inflammation biologique ou en IRM est un facteur prédictif de bonne réponse aux anti-TNF dans les spondyloarthrites axiales non-radiographiques (nr-axSpA). Elle peut aussi aider à confirmer un diagnostic, parfois difficile sans ces signes objectifs.
Les patients avec nr-axSpA ayant participé à l’étude ABILITY-1 avaient une évaluation de la CRP toutes les 4 semaines et une IRM des sacro-iliaques et du rachis à l’inclusion et à 12 semaines. Tous les patients répondaient aux critères de classification de l’ASAS et avaient une maladie active avec un score BASDAI ≥4/10 et une EN douleur rachidienne ≥4/10.
ABILITY-1 comparait l’efficacité de l’adalimumab versus placebo, et cette étude post-hoc a utilisé les données des patients du bras placebo.  Les patients pouvaient prendre des AINS à posologie stable.
Parmi les 94 patients du bras placebo, 54 n’avaient pas de signe d’inflammation sur l’IRM des sacroiliaques à l’inclusion, 43 sur l’IRM du rachis et 29 sur aucune des 2 IRM (sacroiliaque et rachis). Concernant le syndrome inflammatoire biologique, 57 patients avaient une CRP normale.
Enfin, 20 patients n’avaient aucun signe d’inflammation, que ce soit en IRM ou sur le bilan biologique.  Ces 20 patients étaient principalement des femmes (65%), d’âge moyen 38 ans et une majorité souffraient de rachialgie inflammatoire (95%).
Pendant le suivi, 31% (9/29) des patients à IRM négative initialement ont vu des signes d’inflammation apparaître sur l’IRM faite 12 semaines plus tard, quelle que soit la localisation (Figure).
En détail, 5 (9,3%) des patients à IRM des sacro-iliaques négative et 11 (25,6%) avec IRM du rachis négative ont positivé leur IRM. Enfin, 24,6% des patients à CRP initialement normale ont présenté un syndrome inflammatoire sur au moins un des 3 bilans faits pendant les 12 semaines de suivi. Aucun facteur prédictif de l’apparition d’inflammation sur un des examens n’a été mis en évidence.
Ces résultats suggèrent que, chez des patients répondant aux critères ASAS de SpA, avec des signes cliniques d’activité de la maladie, mais sans signe objectif d’inflammation, la répétition des examens biologiques et d’imagerie pourrait être utile pour la mise en évidence d’inflammation.

Mars 2017 Rhumatismes inflammatoires et risque cardiovasculaire: Mise à jour des recommandations EULAR
Les patients ayant un rhumatisme inflammatoire chronique (RIC), comme la polyarthrite rhumatoïde (PR), la spondylarthrite ankylosante (SA) et le rhumatisme psoriasique, ont un risque cardiovasculaire (RCV) augmenté par rapport à la population générale. En 2009, la Ligue européenne contre les rhumatismes (EULAR) a publié 10 recommandations pour le dépistage et la prise en charge du RCV dans les RIC. Ces recommandations ont été récemment mises à jour par un groupe de travail de l’EULAR, qui incluait 26 experts de différentes spécialités venant de 13 pays européens.

Trois grands principes ont été définis :

– les patients ayant un rhumatisme inflammatoire chronique (RIC) ont un risque cardiovasculaire (RCV) augmenté par rapport à la population générale ;- le rhumatologue doit s’assurer de la prise en charge des facteurs de RCV chez ces patients ;
– l’utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et des corticoïdes doit se faire selon les recommandations internationales.
Dix recommandations ont également été proposées :1. L’activité du rhumatisme doit être contrôlée au mieux afin de diminuer le RCV.
2. Le RCV doit être évalué chez tous les patients ayant un RIC, au moins tous les 5 ans, et particulièrement lors du changement de traitement de fond.
3. L’évaluation du RCV doit se faire selon les recommandations nationales. En leur absence le SCORE (Systemic Coronary Risk Estimation) peut être utilisé.
4. Le cholestérol total et le HDL doivent être dosés de préférence lorsque le RIC est stable ou en rémission. Le rapport cholestérol total/HDL est un bon prédicteur du RCV.
5. Les scores prédictifs du RCV développés pour la population générale, comme le SCORE, doivent être multipliés par 1,5 pour tous les patients ayant une polyarthrite rhumatoïde (PR).
6. Les plaques d’athérome asymptomatiques peuvent être dépistées par une échographie des carotides chez les patients ayant une PR.
7. Une modification du mode de vie est recommandée et inclut un régime sain, une activité physique régulière et le sevrage tabagique.
8. Les traitements anti-hypertenseurs et statines doivent être prescrits selon les mêmes indications que pour la population générale.
9. La prescription d’AINS dans la PR et le rhumatisme psoriasique doit être prudente surtout en présence de facteurs de RCV. Le naproxène semble avoir le profil le plus sûr en termes de RCV. La prescription d’AINS chez les patients avec une spondylarthrite ankylosante (SA) ayant une maladie cardiovasculaire, doit être évaluée individuellement.
10. Les corticoïdes doivent être prescrits à la plus faible dose possible et pour une durée minimale. La décroissance doit être envisagée en cas de rémission ou d’activité faible du RIC.Ces recommandations visent à faciliter la gestion du RCV, élément majeur de la prise en charge des patients ayant un RIC.
Agca R, Heslinga SC, Rollefstad S, et al. EULAR recommendations for cardiovascular disease risk management in patients with rheumatoid arthritis and other forms of inflammatory joint disorders: 2015/2016 update. Ann Rheum Dis. 2017;76(1):17-2; source LE Quotidien du médecin, Dr Charlotte Jacquemin
FÉVRIER 2017 

Spondyloarthrite axiale active non radiographique.  Nouvelle indication pour le golimumab, anticorps monoclonal anti-TNF

Dr Sylvie Le Gac L’indication accordée à SIMPONI (golimumab) dans le traitement de la spondyloarthrite axiale active non radiographique sévère de l’adulte avec signes objectifs d’inflammation est basée sur les résultats de l’étude GO-AHEAD.

SIMPONI (golimumab) en injection sous-cutanée élargit ses indications en rhumatologie : il est indiqué dans le traitement de la spondyloarthrite axiale active non radiographique sévère de l’adulte avec des signes objectifs d’inflammation, se traduisant par un taux élevé de protéine C réactive (CRP) et/ou de signes visibles à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), en cas de réponse inadéquate ou d’intolérance aux anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Maladie de CROHN et ARTHRITE: Et si le microbiome faisait le lien ?

JANVIER 2017

LE RISQUE DE CANCER SOUS ANTI-TNF   

Spondyloarthrite Données de l’imagerie pour le diagnostic précoce,  : revue de la littérature 2014-2015.

 

Décembre 2016
 Date de publication : 23 Décembre 2016 : Dans la spondyloarthrite axiale, l’arrêt du tabac aurait un effet équivalent à environ 16% de ce que l’on pourrait obtenir avec un biomédicament…

Par le Pr Thao Pham (CHU Sainte Marguerite – Marseille); Article commenté :In axial spondyloarthritis, never smokers, ex-smokers and current smokers show a gradient of increasing disease severity – results from the Scotland Registry for Ankylosing Spondylitis (SIRAS); Jones G et al. Arthritis Care Res. 2016 Nov 29. doi: 10.1002/acr.23157.
Il a déjà été démontré que le tabagisme actif est associé à une plus grande sévérité des spondyloarthrites axiales. En revanche, un potentiel effet de l’arrêt du tabac n’avait pas encore été rapporté.
La cohorte SIRAS (Scotland Registry for Ankylosing Spondylitis) collige les données des spondyloarthrites écossaises. Les 1868 patients recrutés entre 2010 et 2013 ont été contactés par voie postale en leur demandant de compléter un questionnaire les interrogeant entre autres sur leur consommation tabagique, alcoolique et leur qualité de vie.
Les caractéristiques des 946 patients (51%) avec questionnaires analysables étaient les suivantes : hommes 73,5%, âge moyen : 52 ans, durée de la maladie : 16 ans, et 384 (40,6%) n’avaient jamais fumé, 205 (21,7%) étaient des fumeurs actifs et 357 (37,7%) avaient arrêté de fumer.
Les fumeurs étaient plus âgés, moins éduqués et avaient un statut socio-économique inférieur aux non-fumeurs. Les fumeurs étaient aussi plus souvent traités par anti-TNF que les non-fumeurs (OR = 1,4 ; 1.03 – 1,8).
 
Les auteurs ont d’abord comparé les fumeurs (actifs et ex-fumeurs) avec les non-fumeurs : les fumeurs avaient des marqueurs d’activité et de sévérité de la maladie moins bons que les non-fumeurs : BASDAI (4,1 vs 3,3 ; β ajusté = 0,5 ; 0,2 – 0,9), BASFI (4,6 vs 2,8 ; β ajusté = 0,8 ; 0.4 – 1.2) et ASQoL (9 vs 3 ; β ajusté = 1,5; 0,7 à 2.3). L’ajustement prenait en compte l’âge, le genre, le niveau d’éducation, les carences et la consommation alcoolique.
Ils ont ensuite comparé les fumeurs actifs et les ex-fumeurs : BASDAI (4,8 vs 3,9 ; β ajusté = -0,5 ; -1.0 – -0,04), BASFI (4,9 vs 4,2 ; β ajusté = -0,4 ; -1.0 – 0,2) et ASQoL (10 vs 7 ; β ajusté = -1,2 ; -2.3 – -0,2).
Pour éliminer un biais de non-participation, les caractéristiques des répondeurs et non répondeurs au questionnaire ont été comparées, sans différence significative notable entre les 2 groupes.
 
Ce travail confirme que le tabagisme est associé à des spondyloarthrites plus sévères et plus actives. C’est le premier travail à démontrer un effet bénéfique de l’arrêt du tabac, que les auteurs estiment en comparant aux données de la littérature à 16% de ce l’on observe avec un biomédicament et à 30% à ce qu’on l’on observe avec de la kinésithérapie intensive. Il ne nous reste qu’à convaincre nos patients fumeurs d’arrêter…

Microbiote et maladies : Des liens étroits 

Le microbiote et ses déséquilibres sont impliqués dans de nombreuses maladies de civilisation. Au-delà de la gestion des symptômes, la prise en charge des patients pourrait se faire dans une démarche holistique considérant l’homme comme une symbiose homme-microbiotes.

Grâce au développement d’outils à très haute résolution qui permettent de caractériser le métagénome, il a été possible de mettre en évidence une dysbiose dans quasiment toutes les pathologies dites modernes, dont l’incidence a augmenté depuis les années 1950. Les travaux qui ont comparé des patients et des sujets sains ont ainsi pu associer tel ou tel profil de microbiote à telle ou telle maladie, sans toutefois établir de lien de causalité. Mais la « photographie » du microbiote peut servir au diagnostic et au suivi évolutif de la maladie en question.
Les caractéristiques du microbiote peuvent également être utilisées pour prédire l’efficacité d’une stratégie thérapeutique. Des travaux récents menés chez des sujets obèses ont montré que la diversité du microbiote est prédictive de la réponse à une intervention nutritionnelle : les 25 % de sujets qui avaient un déficit en gènes du microbiote intestinal dominant étaient non répondeurs au régime et avaient du mal à perdre du poids, ainsi qu’à améliorer leur profil métabolique et inflammatoire.
Des données comparables ont été rapportées dans le cadre de l’immunothérapie du cancer, qui n’induit une réponse que chez 50 % des patients : certaines bactéries du microbiote intestinal sont impliquées dans la modulation de la réponse au traitement. L’une des premières conséquences pratiques de ce constat est de ne pas donner d’antibiotiques susceptibles d’éliminer ces bactéries adjuvantes au traitement immunologique. Mais il est possible d’imaginer de supplémenter les patients en ces bactéries pour « booster » la réponse à l’immunothérapie.
D’autres travaux suggèrent un lien entre une déviation du microbiote et la survenue de maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques et la maladie de Parkinson, ou de maladies neuropsychiatriques comme l’autisme. Les micro-organismes sont en effet en interaction avec les cellules humaines dans leur diversité, au niveau de l’épithélium intestinal, mais aussi avec les cellules de différents tissus, et il existe ainsi un axe intestin-cerveau. L’altération de la symbiose entre l’homme et ses microbes pourrait s’accompagner de boucles de rétro-action négatives faisant basculer dans un état d’équilibre pathologique, comme cela est probablement le cas dans les maladies auto-immunes.
La prise en charge des patients doit ainsi se fonder sur une stratégie agissant à différents niveaux, incluant le microbiote, la perméabilité intestinale, l’inflammation de bas grade ou encore le stress oxydant.
Tout un champ de recherches s’ouvre donc aujourd’hui pour utiliser le microbiote comme un levier de traitement. Pour atteindre cet objectif, il faut bien sûr développer, parallèlement aux évaluations cliniques, des outils permettant d’explorer le génome du microbiote en routine à un coût raisonnable. À plus long terme, le raisonnement médical pourrait se fonder sur les données cliniques et paracliniques « classiques » et sur les données issues du microbiote, véritable deuxième génome.
 
Docteur Isabelle Hoppenot 

Novembre 2016

UN DÉFICIT EN VITAMINE D EST ASSOCIE A UNE SPONDYLARTHRITE AXIALE PLUS ACTIVE

Rapporté par Véra Lemaire (Paris) d’après la communication :VITAMIN D, DISEASE ACTIVITY AND CO MORBIDITIES IN EARLY PONDYLOARTHRITIS: DATA FROM THE “DESIR” COHORTI. Hmamouchi et al.
Le 25 OH cholecalciférol a été dosé chez les 708 patients faisant partie de la cohorte DESIR.
Le taux moyen de vitamine D était de 21,7ng/ml. Un déficit était constaté dans 51% des cas vs 41% dans la population générale; une carence l’était dans 11,7% vs 5%.
Après prise en compte de la saison (hiver), le déficit en vitamine D était significativement associé à la présence de sacro-iliite radiologique (29% versus 24%), à un score ASDAS plus élevé et à un BASDAI élevé.
Pendant les 2 ans de surveillance, il y avait une association entre le déficit vitaminique D et l’activité de la maladie.
Par ailleurs le déficit en vitamine D était associé à l’obésité abdominale, à un HDL bas et à un syndrome métabolique.
Des études longitudinales sont nécessaires pour évaluer l’intérêt de la supplémentation en vitamine D.

Congrès ACR  : Secukinumab et risque de maladie inflammatoire chronique intestinale

 

Octobre 2016

Les bienfaits de la cryothérapie

Septembre2016 :
Rôle de l’acceptation de la douleur comme médiateur de la relation entre le sentiment d’injustice perçue et l’évaluation de la douleur

Par le Pr Françoise Laroche (CETD, Hôpital Saint-Antoine – Paris)

Article commenté :The Mediating Role of Pain Acceptance in the Relation Between Perceived Injustice and Chronic Pain Outcomes in a Community Sample; Martel ME, Dionne F, Scott W; Clin J Pain. 2016 Aug 12. [Epub ahead of print]

Cette analyse a porté sur 475 individus souffrant de douleur chronique. Les participants ont complété différents questionnaires : the Injustice Experience Questionnaire, the Chronic Pain Acceptance Questionnaire, une échelle d’intensité de la douleur, the Modified Brief Pain Inventory et le questionnaire HADs (anxiété et dépression au cours de la douleur chronique).
  Les résultats montrent un lien direct entre le sentiment d’injustice et l’intensité de la douleur (0.416, P<0.001), le handicap (0.891, P<0.001) et la détresse émotionnelle (0.261, P<0.001). De plus, les auteurs ont observé un lien indirect entre ce sentiment d’injustice et l’acceptation de la douleur, du handicap (0.512, P<0.001, IC=0.390-635) et la détresse émotionnelle (0.106, P<0.001, IC=0.077 -136).
 
Conclusion
La littérature nous apprend tous les jours de nouvelles données sur la douleur chronique et le vécu de nos patients. En effet, la douleur, son intensité et son retentissement sont impactés par des paramètres variés et multiples. Ne pas se cantonner qu’à la simple évaluation physique. Penser aussi détresse émotionnelle, catastrophisme, sentiment d’injustice.

 Août 2016 COSENTYX (sécukinumab) :

Désormais remboursable dans la spondylarthrite ankylosante et le rhumatisme psoriasique

Premier inhibiteur de l’interleukine 17A (notre article du 12 juillet 2016), COSENTYX 150 mg/mL solution injectable SC (sécukinumab) est un médicament immunosuppresseur dont une seule de ses trois indications était remboursable : « le psoriasis en plaques modéré à sévère chez l’adulte en cas d’échec, de contre-indication ou d’intolérance à au moins deux traitements systémiques conventionnels parmi le méthotrexate, l’acitrétine, la ciclosporine et la photothérapie » (Reco VIDAL Psoriasis en plaques de l’adulte).

Suite à la parution d’un arrêté au Journal officiel du 11 août 2016, la prise en charge de COSENTYX a  été élargie à ses deux autres indications :

  • le traitement du rhumatisme psoriasique actif chez l’adulte, seul ou en association avec le méthotrexate (MTX), lorsque la réponse aux traitements de fond antirhumatismaux (DMARDs) antérieurs a été inadéquate lorsque la réponse aux traitements de fond antirhumatismaux (DMARDs) antérieurs a été inadéquate ;
  • spondylarthrite ankylosante : traitement de la spondylarthrite ankylosante active chez l’adulte en cas de réponse inadéquate au traitement conventionnel (Reco VIDAL Spondylarthrite ankylosante).